Chronique du ballon ordinaire n°77
De l’évolution de la société de divertissement.
Abolition de la religion, désillusion politique, désenchantement économique… Nous évoluons aujourd’hui dans une société en pleine deshérence.
Depuis le milieu du 20ème siècle, des millions de citoyens en perte de repères se tournent vers une nouvelle idôle pour combler ce déficit de spiritualité. Le nouveau Dieu s’appelle “Football”. Les résultats de la ligue, la démission de Pape Diouf, les transferts faramineux s’étalent sans vergogne à la une des journaux. Le football est pourtant une insulte flagrante au bon goût et à l’intelligence humaine.
Sur le terrain, les joueurs parodient piteusement les plus grandes tragédies, grâce à moults bonds, rebonds et rebondissements. Mais, à mille lieues des alexandrins de Corneille, l’ensemble est fort ennuyeux et broie plus qu’il ne stimule l’intellect du téléspectateur pâlement avachi devant son écran plat.
Quitte à admirer des cuisses musclées, je regrette fort les jeux du cirque, où les hommes du moins courraient en jupe. En outre, les lions motivaient les coureurs bien plus que des cachets faramineux ne peuvent le faire. Dans nos arènes modernes, pas de mutilations, ni de morts atroces. Le public n’est plus exigeant, on lui sert donc une version édulcorée du preux divertissement antique.
Les puissants de ce monde ont bien compris l’inintérêt profond du football. Quelques Dreyfus s’y attardent, à des seules fins d’enrichissement personnel. La plupart se tournent cependant vers des activités plus respectables.
Saluons ainsi la fin exemplaire du banquier Edouard Stern, cueilli par la mort au sommet de sa gloire, vêtu d’une combinaison de latex noir, une cordelette liée autour du cou. Voici qui démontre des loisirs autrement plus raffinés que le tir-au-but !
Au terme de cette diatribe anti-footbalistique, je pourrai chercher le soutien des nombreux hommes d’esprit qui déplorent la toute nuisance du sport-roi. Mais c’est un supporter confirmé qui appuiera le mieux mon propos en la personne de Pierre de Coubertin, auteur d’un ouvrage de référence baptisé “Notes sur le football” (Zéros pointés en ce qui me concerne). Savourez donc le coup de grâce porté par la stupidité confondante de cette assertion :
“Un homme inintelligent ou simplement lent dans sa compréhension ne deviendra jamais un bon footballeur.” (Pierre de Coubertin)
En ce moment, tout le monde met un peu de vert dans ses épinards, histoire de faire son beurre. Le crémier en chef s’appelle Yann Arthus Bertrand. Il vient d’être nommé “Ambassadeur des Nations Unies pour l’Environnement”. Voici ce qu’on appelle en faire des tartines.